Odin
Un jeu de défausse à 11,50 euros qui a raflé l'As d'Or 2025. Sa trouvaille tient en une règle : posez un 8 et un 4 côte à côte, et vous ne jouez plus deux cartes, vous jouez 84.
Notre avis sur Odin
Un jeu de cartes à onze euros cinquante qui remporte l'As d'Or du jeu de l'année, ça n'arrive pas tous les ans. Odin l'a fait en 2025, devant des boîtes trois fois plus chères, et il suffit d'une partie pour comprendre pourquoi. Le but est celui d'un jeu de défausse classique : se débarrasser de ses neuf cartes avant les autres. La trouvaille, elle, tient dans la façon dont on lit une combinaison.
Quand vous posez plusieurs cartes ensemble, leurs chiffres ne s'additionnent pas, ils se juxtaposent. Un 8 et un 4 posés côte à côte ne valent pas 12, ils valent 84. Trois cartes 8, 4 et 3 valent 843. Résultat, poser plus de cartes fait exploser la valeur de la combinaison, et le joueur suivant doit surenchérir avec au moins autant de cartes. Cette mécanique fait tout : elle transforme une main encombrante en atout, et elle produit à chaque tour ce petit calcul mental qu'on n'attendait pas d'un jeu de sept ans et plus.
Le vrai frein est ailleurs, et c'est ce qui empêche la partie de finir en trois tours. Quand vous recouvrez la combinaison précédente, vous reprenez une carte de celle-ci dans votre main. On se débarrasse donc de cinq cartes pour en récupérer une, et le compte n'avance jamais aussi vite qu'on l'espère. Les manches durent, se retournent, et un joueur qui semblait perdu vide sa main d'un coup avec une combinaison à quatre chiffres.
Les retours de table convergent sur trois points. L'explication tient en deux minutes montre en main, y compris avec des gens qui ne connaissent que la belote et le Uno. La boîte est minuscule et se glisse dans une poche de sac, ce qui en fait un compagnon de voyage évident. Et le format à six joueurs fonctionne réellement, ce qui est rare dans cette catégorie. La réserve principale porte sur la profondeur : Odin ne prétend pas être un jeu de stratégie, l'ordre de pioche pèse lourd, et une main pauvre en couleurs se joue mal quoi qu'on fasse.
À ce prix, sur ce format et avec cette accessibilité, c'est l'un des meilleurs achats de ces dernières années pour une table qui mélange les générations. Le genre de boîte qu'on garde dans le tiroir de la cuisine et qui ressort trois fois par semaine.
Le verdict
Points forts
- As d'Or 2025 du jeu de l'année
- La juxtaposition des chiffres : une idée simple qui change tout le jeu de défausse
- Expliqué en deux minutes, à partir de 7 ans
- Fonctionne vraiment à six joueurs
- Autour de 11 euros, boîte de poche
Points faibles
- La part de chance à la distribution reste importante
- Peu de profondeur stratégique : c'est un jeu de tour, pas un jeu de plan
- Le matériel se résume à un paquet de cartes, sans surprise
Note de la rédaction
Les règles de Odin en bref
Chaque joueur reçoit neuf cartes. On se débarrasse de sa main en posant des combinaisons de plus en plus fortes, mais chaque pose oblige à reprendre une carte de la combinaison précédente. Le premier à vider sa main termine la manche, les autres marquent une pénalité par carte restante.
Bon à savoir : La faute de débutant consiste à poser ses grosses cartes seules pour tenir la main. Ce sont au contraire les groupes qui font gagner : cinq cartes de la même couleur forment un nombre à cinq chiffres que personne ne recouvre, et vident la main d'un coup.
À qui s'adresse Odin ?
- Les tables intergénérationnelles, des enfants de 7 ans aux grands-parents
- Ceux qui cherchent un jeu de voyage qui tient dans une poche
- Les groupes de cinq ou six joueurs, mal servis dans cette catégorie
- Les amateurs de Uno ou de 6 qui prend qui veulent monter d'un cran
Odin : pourquoi il a gagné l'As d'Or 2025
L'As d'Or du jeu de l'année récompense chaque année à Cannes le jeu grand public de la saison. En 2025, Odin l'a emporté dans la catégorie principale, aux côtés de Kutná Hora pour le prix expert, de Behind pour la catégorie initié et d'Opération Noisettes pour le prix enfant.
Trois raisons expliquent ce choix :
- Le prix. Le jury récompense un jeu accessible à tous, y compris financièrement. À une dizaine d'euros, Odin est l'un des lauréats les moins chers de l'histoire du prix.
- La règle unique. Toute la mécanique tient dans la juxtaposition des chiffres. Pas de sous-système, pas d'exception à mémoriser, pas de carte à pouvoir spécial.
- L'amplitude. De deux à six joueurs, à partir de 7 ans, en quinze minutes. Peu de jeux couvrent une plage aussi large sans se déformer aux extrémités.
À noter pour éviter une confusion fréquente : Harmonies, souvent cité comme lauréat de la même édition, figurait parmi les nommés de la catégorie initié sans remporter le prix.
Questions fréquentes sur Odin
Les chiffres se lisent à la suite, ils ne s'additionnent pas. Rangez vos cartes par ordre décroissant et lisez le nombre obtenu : un 8 et un 4 valent 84, un 8, un 4 et un 3 valent 843. C'est ce qui rend les grosses combinaisons imbattables, puisqu'un nombre à trois chiffres écrase toujours un nombre à deux chiffres. Le joueur suivant doit poser au moins autant de cartes que vous pour espérer surenchérir, ce qui l'oblige à casser sa main.
Oui, et c'est même sa configuration la plus vivante. Les tours sont courts, chacun pose ou passe en quelques secondes, et l'attente entre deux interventions reste faible. À deux joueurs le jeu fonctionne aussi mais devient un duel plus calculatoire, moins surprenant. La configuration idéale se situe autour de quatre ou cinq joueurs, assez pour que la combinaison en place tourne plusieurs fois avant de revenir à vous.
Ce sont deux excellents petits jeux de cartes, mais ils ne se jouent pas de la même manière. Sea Salt and Paper repose sur la collecte et le bluff, avec la décision permanente de stopper la manche ou de pousser sa chance, et il brille surtout à deux ou trois. Odin est un jeu de défausse pur, plus direct, plus bruyant, et il tient jusqu'à six joueurs. Pour une table nombreuse et des joueurs occasionnels, Odin. Pour un duo qui aime les décisions serrées, Sea Salt and Paper.
Oui, à condition que l'enfant lise les nombres à plusieurs chiffres. Comparer 84 et 92 ne pose aucun problème à cet âge, comparer 843 et 851 demande une seconde de plus. La règle de reprise d'une carte est la seule qui demande un rappel lors des premières manches, parce qu'elle va à l'encontre de l'intuition : on vient de poser cinq cartes et on en récupère une. Après deux manches, personne n'y pense plus.